Le syndrome de la vitre propre

Jusqu’à il y a quelques années, un trajet en voiture lors des beaux jours signifiait un passage par la case nettoyage obligatoire. En effet, les pare-brises devenaient opaques, obstrués par les innombrables insectes écrasés.
Pourtant, aujourd’hui même sur un trajet de 200 kilomètres, un peu de lave-glace et un coup d’essuie-glace suffisent généralement à rendre le pare-brise (presque) comme neuf.

Qu’est-ce qui pourrait expliquer cela? Les voitures seraient devenues plus aérodynamiques, entraînant une diminution du risque de collisions avec ces bestioles? Regardez un camion ou une grosse voiture, sur une aire de repos, et vous constaterez qu’ils sont eux aussi épargnés par le massacre (ou qu’ils ont évité un massacre ?).

Qu’en est-il des chiffres?
Malheureusement très peu d’études ont été réalisé pour mesurer les populations d’insectes sauvages.
Le meilleur ensemble de données que nous ayons provient d’un groupe d’entomologistes, la Krefeld Entomological Society (KES). Ceux-ci ont visités, prélevés et étudiés plus d’une centaine de site en Europe de l’Ouest depuis les années 80.

En 1989 c’est dans la réserve naturelle d’Orbroich Bruch en Allemagne qu’ils mesuraient la quantité de bestioles. 24 ans plus tard, en 2013, ils retournaient au même endroit. Constat : la biomasse d’insectes capturée était inférieure de 80%. Afin de confirmer les résultats (l’année 2013 étaient peut-être juste mauvaise), ils revenaient l’année suivante pour n’observer aucune amélioration.
Les résultats étaient similaires sur une douzaine d’autres sites.

Parmi les espèces en déclin, on retrouve notamment de nombreux insectes pollinisateurs, dont les Syrphides, une espèce de mouche ressemblant très fort à une guêpe. Ces dernières jouent un rôle important dans la pollinisation des plantes sauvages et agricoles.

Joao Burini

Depuis 2013, le groupe a multiplié les prises chaque année. Avec l’aide d’universités, les membres de la KES ont cherché des corrélations dans les diminutions de population au travers de divers facteurs tel que la météo ou les changements de végétation. Sans parvenir à trouver des causes simples. Même les zones où la flore s’est améliorée et diversifiée, des pertes d’insectes sont constatées.

L’une des explication pourrait être l’augmentation de surface des terres agricoles, entraînant la destruction et la formation d’ilots isolés d’habitats pouvant héberger moins d’espèces. De plus, les insectes préfèrent les fleurs sauvages, hors les engrais sur les pâturages ont tendance à favoriser la pousse d’herbe. Et bien sûr, l’urbanisation et la pollution lumineuse qu’elle génère perturbe les insectes nocturnes, empêchant notamment leur reproduction.

Un autre suspect pourrait également être les insecticides néonicotinoïdes, très populaire depuis leur introduction dans les années 80 et déjà impliqués dans l’effondrement généralisé des populations d’abeilles. Soluble dans l’eau, ils ont tendances à ne pas rester dans les champs où ils sont pulvérisés et se retrouvent dans dans les plantes sauvages proches de ceux-ci. Des études semblent suggérer que ces pesticides ne sont pas sans effets sur les insectes sauvages. Toutefois il n’est pas possible à l’heure actuelle d’imputer les diminutions de population d’insectes à l’utilisation de pesticides.

Une chose est sûr cependant : la disparition des insectes, et en particulier des insectes pollinisateurs conduiraient à de gros problèmes de sécurité alimentaire. Et on pourrait se retrouver obligé à devoir par nous même polliniser les champs. Un peu comme en Chine ? Ou pas (cela pourrait être un futur sujet d’article).

Sources

One Reply to “Le syndrome de la vitre propre”

  1. Fun j’ai lu des trucs la dessu il y a peu moi aussi. Merci pour le partage d’info.

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